Intersidérant

By matthieu on November 17, 2014 in Points de vue
0
2

A trop se vendre comme le nouveau Kubrick, Christopher Nolan en récolte des critiques pas toujours (ni souvent) à son avantage. Fair enough. Que l’on fasse partie de ceux qui déifient le réalisateur de 2001 ou non, force est de constater qu’il n’en partage ni le génie, ni la vision. Malgré toutes ses qualités techniques, Interstellar n’arrive pas à la cheville d’un Gravity[i] en termes de sensations cosmiques. Et niveau questionnement métaphysique, il se situe bien loin d’un Terrence Malick, pourtant référence assumée du  sauveur de Batman Inc.

L’échec est dur mais cohérent. Inception aurait dû faire figure d’avertissement. A l’époque, la presse s’enflammait devant tant d’ambition narrative.  Elle comparait  presqu’unanimement ce « tour de force » à des œuvres aussi renversantes que Matrix[ii]. Il est vrai que Nolan s’attaquait à une grande montagne conceptuelle. Le rêve, ses différentes couches possibles, son étendue psychique… Mais malgré l’expertise affichée, Inception n’est autre qu’un blockbuster haut de gamme, finement monté, mais  au bout du compte sur-simplifié par des studios et un réalisateur-producteur frileux (ou avides, au choix). Les authentiques ingéniosités cinématographiques (le couloir tournant, les immeubles de Paris se repliant littéralement sur nous, etc.) se retrouvent étouffées par des choix commerciaux déguisés en volonté esthétique. C’est le cas notamment des différents niveaux de rêve, cœur du projet, facilement reconnaissables par le spectateur puisque les univers sont volontairement extrêmement différenciés : blancheur d’un décor totalement enneigé, urbanisme bleuté de la ville rêvée, maison japonaise filmée d’un jaune à faire jaunir Jean-Pierre Jeunet. Les DVDs américains ont failli voir s’afficher des numéros leur rappelant dans quelle couche de rêve évoluent les personnages.

Lorsque Nolan quitte Sundance pour Hollywood (après Memento), il passe de la réalisation de films intelligents à un cinéma qui offre l’illusion au spectateur de l’être. Peu importe qu’il faille répéter plusieurs fois et par différents personnages les concepts scientifiques du film pourvu que le plus inattentif des spectateurs ne s’y perde pas.  Intelligent ? Surtout rentable[iii]. Néanmoins, Nolan passe aussi du statut prometteur d’auteur singulier à celui, peut-être aussi prestigieux, de génial propagandiste[iv]. Car ne nous y trompons pas, si Nolan le britannique a une vision c’est bien celle d’une Amérique héroïque et civilisatrice.

« Je transpose dans l’espace l’idée de « destinée manifeste » des pionniers américains, qui souhaitaient répandre la démocratie en peuplant les nouveaux territoires. »[v]assume-t-il. Matthew McConaughey est donc Coop (clin d’œil à un célèbre astronaute américain), pionnier du futur dans un monde en décomposition. Lorsque les enseignants de sa fille tentent de lui apprendre que la conquête spatiale n’était qu’un épouvantail pour faire éclater l’URSS, il se fâche. Il la connait l’Histoire, la vraie, celle des Etats-Unis homériques et tout puissants. Rejetant ce déclinisme imposé par l’éducation nationale  (métaphore de l’administration Obama ?), Coop refuse aussi d’adapter ses habitudes à la décrépitude de la planète (accélérée ici par une tempête de sable constante). Son odyssée lui donnera raison puisqu’ils seront élus, lui et sa fille, pour mener à bien le sauvetage de l’humanité.

Bien qu’en réalité ils se soient élus mutuellement, nous retrouvons bien la destinée biblique propre aux